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De l’objectif à l’engagement : Fatima Bint Rassoul Ndiour, une voix panafricaine 

4 octobre 2025

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Artiste photographe, communicante digitale et militante panafricaine, Fatima Bint Rassoul Ndiour incarne une trajectoire hybride où l’art, le militantisme et la communication se croisent pour servir des causes sociales et citoyennes.

Volontaire Africtivistes pour la Gouvernance Ouverte en Afrique (VAGOA), elle place son objectif et sa plume au service de la justice sociale, de la transparence démocratique et du bien-être collectif. À travers ses clichés, véritables récits visuels et fragments de mémoire, elle documente les réalités africaines, valorise les cultures et interpelle sur les injustices. 

Son engagement s’étend également au bien-être animal, qu’elle défend en tant que chargée de communication digitale chez Brooke West Africa, une organisation dédiée à la protection des équidés, compagnons essentiels des communautés rurales. 

Avec un parcours mêlant sciences sociales, techniques et artistiques, elle illustre la richesse des trajectoires plurielles et porte une vision forte : celle d’une Afrique qui se raconte elle-même, qui défend ses droits et construit son avenir par l’art, la communication et la solidarité.

AfricTivistes : Fatima, pourquoi avez-vous choisi de rejoindre Africtivistes comme volontaire pour la gouvernance ouverte en Afrique ? 

Fatima Ndiour : J’ai choisi de rejoindre AfricTivistes parce que j’y ai trouvé une convergence entre mes valeurs personnelles et mon engagement citoyen. La gouvernance ouverte, c’est donner une voix aux citoyens, renforcer la transparence et replacer la justice sociale au centre de nos sociétés. Mon parcours m’a toujours poussée à allier communication et militantisme et AfricTivistes m’a offert un cadre concret pour agir à l’échelle continentale. 

Comment votre rôle de VAGOA vous permet-il de contribuer concrètement à la gouvernance ouverte et à la citoyenneté en Afrique ? 

Mon rôle de VAGOA m’a permis d’utiliser mes outils: l’écriture, l’image et le numérique pour rendre concrets et accessibles des concepts souvent perçus comme abstraits, tels que la transparence démocratique, la redevabilité ou encore la participation citoyenne. À Dankassari, au Niger, cette mission a pris une forme très concrète : j’ai initié le personnel administratif de la mairie au digital, en les accompagnant dans la création d’une identité numérique propre. Cela leur a permis non seulement de communiquer avec le reste du monde, mais aussi de structurer leurs actions de gestion dans une logique de transparence, de redevabilité et de démocratie.

Concrètement, j’ai organisé des séances d’initiation au numérique et facilité des rencontres journalières où nous échangions autour de ces principes fondamentaux. Ensemble, nous avons repensé les modes de fonctionnement internes afin de garantir un meilleur accès à l’information pour tous, sans quiproquo ni exclusion. Cette approche inclusive et collaborative incarne pleinement l’esprit de la gouvernance ouverte.

Ainsi, à travers ce rôle, j’ai pu non seulement sensibiliser et renforcer les capacités locales, mais aussi documenter et valoriser les réalités vécues par les communautés africaines. Mon espoir est que ces acquis, ancrés dans le vécu local, puissent inspirer une culture citoyenne durable et transmissible aux générations futures.

Reportage lors d’une activité communautaire, Burkina Faso en 2024

Selon vous, en quoi le réseau Africtivistes se distingue-t-il des autres mouvements citoyens en Afrique ? 

AfricTivistes se distingue par sa dimension panafricaine et son approche numérique. C’est un réseau qui croit à la force de la solidarité transfrontalière et qui mobilise la technologie pour renforcer la citoyenneté. Il ne se limite pas à dénoncer, il propose aussi des solutions concrètes et encourage la co-construction. 

Comment votre engagement au sein de Africtivistes a-t-il enrichi votre parcours personnel et professionnel ? 

Cet engagement m’a permis d’élargir mon horizon et de renforcer mon sentiment d’appartenance à une Afrique qui se bat pour elle-même. Sur le plan personnel, j’ai gagné en conviction et en résilience. Professionnellement, j’ai acquis une expérience précieuse dans la communication pour le plaidoyer et la mise en réseau des acteurs du changement. 

Sommet de AfricTivistes à Abidjan en 2021

Votre travail chez Brooke West Africa mêle communication et protection animale. Comment sensibiliser efficacement à une cause qui est parfois sous-estimée, comme le bien-être des équidés ? 

La clé est de relier la cause animale aux réalités humaines. Les équidés sont les compagnons de vie et de travail de millions d’Africains. Protéger leur bien-être, c’est protéger les moyens de subsistance des familles rurales. En tant que communicante, je cherche à montrer cette interdépendance pour susciter une prise de conscience plus large. 

Sanmatenga, Burkina Faso 2023

Quelles similitudes retrouvez-vous entre vos engagements pour la justice sociale et votre action pour la protection animale ? 

Dans les deux cas, il s’agit de défendre des voix marginalisées. Qu’il s’agisse des populations vulnérables ou des animaux de travail, les mécanismes d’injustice sont similaires : invisibilisation, exploitation, absence de droits. Mon engagement consiste à rendre visibles ces réalités et à plaider pour plus d’équité. 

Comment vos différentes identités (artiste, communicante digitale et militante panafricaine) se complètent-elles et qu’est-ce qui a orienté vos choix de parcours ? 

Ces identités se nourrissent mutuellement. L’art me donne une sensibilité et une manière unique de raconter, la communication digitale me fournit des outils modernes pour amplifier les messages et le militantisme me donne une raison d’agir. J’ai toujours choisi mes chemins en fonction de cette quête : servir les causes justes avec les moyens dont je dispose.

Boussouma, Burkina Faso 2024

En tant qu’artiste photographe, vous dites que vos clichés sont des récits visuels, des fragments de mémoire. Comment choisissez-vous les histoires que vous capturez à travers votre objectif ? 

Je choisis les histoires qui portent en elles une vérité brute, celles qui révèlent ce que l’on ne regarde pas assez. Ce sont souvent des moments du quotidien, empreints de dignité, de lutte ou de beauté cachée, qui méritent d’être conservés comme mémoire collective. 

Selon vous, en quoi la photographie peut-elle être un acte de résistance ? 

La photographie, c’est résister à l’oubli et à l’invisibilité. C’est refuser que certaines histoires soient effacées. En Afrique, photographier peut paraître un acte politique : documenter nos réalités, c’est écrire nous-mêmes notre histoire et lutter contre les récits imposés.

Brooke Afrique de l’Ouest, 2025

Vous parlez d’une Afrique qui « se raconte elle-même ». Comment l’art et la communication peuvent-ils aider à construire ce récit collectif ? 

L’art et la communication sont des vecteurs puissants pour déconstruire les stéréotypes et proposer une narration authentique. En donnant la parole aux Africains, en valorisant nos cultures et nos luttes, nous construisons un récit collectif qui nous ressemble et qui nous appartient.

Formation des jeunes en photographie à Tambacounda, Sénégal en 2020

À vos yeux, quel est le plus grand défi de la jeunesse africaine aujourd’hui ? 

Le plus grand défi est d’oser croire en son pouvoir d’agir, malgré les obstacles structurels. Il faut dépasser la résignation et investir tous les espaces culturels, numériques, politiques pour façonner l’avenir du continent.

Journée Nationale de l’Elevage (JNE) 2025 à Kaolack

Dans vos combats et vos projets, quelle place accordez-vous à la solidarité ? 

La solidarité est au cœur de tout. C’est elle qui transforme des initiatives isolées en mouvements puissants. Sans solidarité, ni art, ni communication, ni militantisme ne peuvent véritablement changer les choses.

Boussouma, Burkina Faso 2024

Votre credo est « On apprend encore… J’apprends encore ! ». Quelle est la plus grande leçon que vous ayez apprise jusqu’ici ? 

La plus grande leçon est que l’on ne construit rien seul. Chaque rencontre, chaque collaboration apporte une pierre à l’édifice. L’humilité d’apprendre toujours est ce qui permet de rester en mouvement. 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes africains qui souhaitent, comme vous, construire un parcours hybride entre art, communication et militantisme ? 

Je leur dirais de ne pas avoir peur de la pluralité. L’Afrique a besoin de voix hybrides, capables de relier des univers différents. Il faut rester fidèle à ses valeurs, se former en permanence et créer des ponts entre passion, savoir-faire et engagement. 

Si vous deviez résumer votre vision du futur de l’Afrique en une image, laquelle serait-elle ? 

Ce serait l’image d’un grand  puzzle coloré : chaque pièce unique mais indispensable, formant ensemble une Afrique fière, solidaire et souveraine….

Par Ndeye Fatou Diouf, Digital Content Manager de AfricTivistes

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